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Boissons : la dénomination kéfir en danger

La dénomination kéfir est réservée aux produits laitiers selon la réglementation européenne. Ces derniers mois, la DGCCRF s’intéresse davantage à ce sujet et inquiète les acteurs du segment des boissons qui pourraient être contraints d’abandonner ce terme. Une tribune vient d’être publiée afin de faire évoluer la loi.
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  • Auteur : Magali MONNIER
Kéfir-Appellation
La marque Karma avait été sommée de ne plus utiliser l’appellation kéfir pour ses boissons fermentées il y  déjà plus de 10 ans. L’entreprise avait travaillé avec la direction départementale de protection des populations afin que les mentions sur l’étiquette soient conformes.

«  Une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes  ». C’est ainsi que Aurélien Fabas, cofondateur de Labo Dumoulin, décrit le ressenti des fabricants de kéfirs. Étant donné que la réglementation européenne réserve le nom kéfir aux produits laitiers, les producteurs de boissons fermentées à base de fruits et d’eau n’ont légalement pas le droit de les qualifier de cette façon. Ils emploient pourtant cette dénomination usuelle depuis de nombreuses années, sans être inquiétés.

Mais ces derniers mois, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) s’intéresse de plus près à cette problématique. «  Plusieurs confrères ont reçu une injonction de respecter la réglementation et de cesser d’utiliser le nom kéfir  », explique Solenne Jan, directrice marketing et communication de Biogroupe (marque Karma). L’entreprise a pour sa part déjà dû se conformer à la législation depuis plus d’une dizaine d’années. Ses kéfirs de fruits ont été rebaptisés Kefruit. «  Nous étions pionniers sur ce marché avec une visibilité en magasin d’envergure nationale , raconte Solenne Jan. La direction départementale de protection des populations (DDPP) des Côtes-d’Armor avait donc plus facilement porté son attention sur ce sujet. » Elle a dorénavant fait entendre sa voix au niveau national. 

Un groupe de travail pour avancer ensemble

«  Les levains utilisés pour le kéfir sont décrits dans la norme Codex sur les laits fermentés CXS 243-2003 , aucune autre définition n’existe dans la réglementation , stipule la DGCCRF contactée par la rédaction. Cette norme Codex relative aux laits fermentés sert de référence aux contrôles de la DGCCRF. »

Pour faire évoluer la loi, une trentaine d’acteurs, à savoir des producteurs, chercheurs, historiens, députés et sénateurs, ont pris la parole par le biais d’une tribune diffusée ce vendredi 7 février au sein du média Reporterre . Ils demandent «  à la DGCCRF d’appliquer un moratoire et d’agir […] pour le changement de la réglementation européenne et l’inscription du kéfir à base d’eau et de fruits au Codex Alimentarius, au côté de son cousin laitier  ».

Depuis l’été 2023, de nombreux producteurs de kéfirs (Labo Dumoulin, Biogroupe, Symbiose, Lokki, Kef, etc.) ont monté un groupe de travail pour avancer ensemble. «  Chaque marque exprime son point de vue sur l’approche à adopter au niveau de l’Union européenne ou sur quels soutiens aller chercher pour faire évoluer l’appellation kéfir » , explique Solenne Jan.

Le collectif a aussi commencé à réfléchir à une nouvelle dénomination commune, de façon à ce que le consommateur puisse facilement se repérer, bien que la filière ne souhaite pas en arriver là. «  La particularité du kéfir, c’est sa forme physique, à savoir que c’est la seule boisson à s’obtenir à partir de grains , expliquent les signataires de la tribune. Le kéfir de fruits est [donc] bel et bien un kéfir et non une quelconque « boisson fermentée » . Tout changement d’appellation serait non seulement trompeur pour le consommateur, mais risquerait aussi de mettre en danger toute la filière française en plein essor, laissant le boulevard libre aux importations extra européennes. »

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