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Les magasins bio doivent-ils s'emparer de la restauration - snacking ?

Proposer un service de restauration présente un potentiel non négligeable pour les magasins bio. Plusieurs enseignes et points de vente du réseau tirent déjà les bénéfices du marché porteur de la restauration et plus particulièrement du snacking, en plein essor.
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  • Auteur : Magali Monnier
Scarabée Biocoop à Rennes possède deux restaurants en self-service servant chacun environ 200 couverts par jour.

Scarabée Biocoop à Rennes possède deux restaurants en self-service servant chacun environ 200 couverts par jour.

Commerçant et restaurateur, ce n'est clairement pas le même métier. Face aux investissements requis (humain, matériel et financiers) pour une rentabilité discutable, peu de magasins bio ont franchi le pas de l'ouverture d'un restaurant. D'ailleurs plusieurs ont fait les frais du covid et n'ont pas remis le couvert. Un temps refroidis, histoire de se refaire une santé, les distributeurs s'intéressent de nouveau au sujet. À date, Circuits Bio a dénombré plusieurs dizaines d'adresses. Des Biocoop surtout (naturellement), mais aussi des Biomonde, adhérents Accord Bio, etc. Certains, comme L'Eau Vive, Léopold ou La Vie Claire n'en compte qu'une seule.

Pourtant, les bénéfices existent. « La Cantoche nous a clairement aidés à recruter de nouveaux clients, aux profils différents de nos visiteurs habituels », témoigne Benjamin Quiras, fondateur de Léopold. Ce service permet également de booster le flux sur le créneau du déjeuner. « Quand notre restaurant de Saint-Grégoire a fermé ses portes, le magasin a perdu 500 000 € de CA sur les horaires du midi, soit 5 % de pertes à l'année », reporte Mélanie Bompoil, membre du directoire de Biocoop Scarabée à Rennes en charge des deux restaurants Pique-Prune.

Le restaurant aide à démocratiser les produits bio

Développer la restauration participe aussi à démocratiser la consommation de produits bio. « Avec notre self-service Kinoa, notre ambition était de démystifier l'offre bio et la rendre accessible, relate Jean-René Doré, directeur de Biocoop Biogolfe à Vannes. Bien qu'il soit à peine rentable, nous y tenons car il permet de nous différencier et d'apporter un service supplémentaire à nos clients. »

Et surtout, cela répond à des attentes fortes de la part des consommateurs. « La restauration, contrairement à ce que l'on peut entendre, est un marché extrêmement porteur, affirme Bernard Boutboul, président fondateur de l'agence de conseils en restauration Gira. Bien que les dépenses soient en berne, la fréquentation est sur une pente ascendante. Il s'agit du seul critère à suivre pour estimer la santé d'un restaurant. » Selon l'expert, le créneau du midi représente un marché colossal en plein essor grâce à un taux de retour à domicile qui s'effondre.

Le snacking en commerce de proximité urbain explose

La déstructuration des repas constitue aussi une tendance forte offrant un potentiel important pour le snacking. Les boulangeries ont su se réinventer et excellent aujourd'hui sur ce marché. Pour suivre le mouvement, les magasins peuvent développer ce segment, sans pour autant pousser jusqu'à la création d'un restaurant. Selon NielsenIQ, le snacking en commerce de proximité urbain explose sur le circuit conventionnel. Par exemple, les ventes de plats cuisinés individuels ont bondi de 11 % sur les dix premiers mois de 2025 par rapport à deux ans auparavant. Chez les moins de 35 ans, l'achat de sandwich a progressé de 30 % sur cette même période.

Le réseau bio s'est également laissé séduire. Naturalia affiche de grandes ambitions, L'Eau Vive va accélérer sur le snacking en 2026 par le biais de son fournil, Léopold va s'appuyer sur son restaurant pour déployer des vitrines de snacking dans ses autres magasins, Biocoop Biogolfe et Les Hameaux Bio suivent la même stratégie en capitalisant sur leur expertise traiteur, etc.

Proposer ce type d'offre faite maison demande moins d'investissements qu'un restaurant mais permet tout de même de bénéficier des atouts cités précédemment. Le Koeur à Quimper (Accord Bio), par exemple, compte 300 à 380 passages sur l'heure du midi (sur les 800 quotidiens) notamment grâce à ses plats à emporter que les clients peuvent déguster dans une pièce de vie.

Le restaurant bénéficie au magasin et inversement

Magasin et restaurant s'apportent mutuellement et peuvent dégager des synergies (c'est même un prérequis pour la pérennité), notamment sur les approvisionnements. Dans une logique d'antigaspillage, les fruits et légumes moches et dates courtes ne sont plus jetés mais cuisinés. « La soupe c'est de la marge facile à réaliser, souligne Benjamin Quiras. Pour les viandes, nous raisonnons en équilibre matière avec le boucher du rayon traditionnel qui travaille ses carcasses entières. » Un choix stratégique pour optimiser les coûts. « Tous les restaurateurs rêveraient de pouvoir maîtriser leur production et fabrication de la sorte », commente Bernard Boutboul. Selon l'expert, les magasins bio bénéficient aussi d'un net avantage en étant ouverts toute la journée. « Se limiter aux services du midi et du soir pour un restaurant n'a plus de sens par rapport aux rythmes de vie d'aujourd'hui où les repas sont de plus en plus fragmentés », conclut-il.

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