Aller au contenu principal

Contamination au cadmium : les produits bio injustement pointés du doigt ?

Dans son rapport publié le 25 mars, l'Anses confirme une surexposition de la population française au cadmium par l'alimentation, qu'elle soit bio ou non. La Fnab regrette que certains éléments en faveur d'une moindre contamination des produits bio soient passés sous silence. Elle demande à l'agence de rectifier son expertise.
  • Publié :
  • Modifié :
  • Auteur : Magali Monnier
798983.jpg

« Les aliments issus de l’agriculture biologique sont-ils moins contaminés par le cadmium? » L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a publié un article à visée pédagogique, incluant cette question, pour répondre aux interrogations des citoyens suite à la sortie d’un rapport d’expertise le 25 mars 2026. Celui-ci confirme la surexposition des Français au cadmium, un métal lourd classé cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction. Naturellement présent dans les sols, son taux est amplifié par les activités agricoles et industrielles.

L’Anses explique que «le mode de production biologique ne permet pas, à lui seul, d’éviter l’exposition au cadmium» à cause de l’utilisation de certaines matières fertilisantes autorisées par le cahier des charges bio, comme des engrais minéraux phosphatés et matières fertilisantes organiques d’origine résiduaire. Elle assure que «l’agriculture biologique est potentiellement tout aussi impactée que le conventionnel par la présence de cadmium».

Un écart de 48 % de teneur en cadmium entre aliments bio et non bio

Pour la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab), interrogée par nos confrères du Monde, cette conclusion s’appuie sur des « erreurs factuelles ». Elle demande à l’agence de « rectifier rapidement les éléments problématiques» de son expertise « afin de garantir une juste information des pouvoirs publics et des consommateurs».

« Non seulement l’agence n’a pas pris en compte les travaux récents qui montrent que les agriculteurs bio utilisent peu, voire pas de phosphate minier, mais en plus le règlement bio impose déjà le respect de seuils plus exigeants qu’en conventionnel », argumente la Fnab. En effet, le cahier des charges AB est aligné sur la limite de 60 mg/kg de cadmium dans les engrais de la réglementation européenne contre 90 mg/kg en France pour le conventionnel.

La Fnab dénonce le fait que plusieurs études concluant à une moins forte teneur en cadmium des aliments bio soient écartées par l’Anses sans explication précise. Par exemple, un rapport, non cité, de 2014 vante un écart de 48 % de teneur en cadmium entre aliments bio et non bio.

L’étude Phosphobio dévoilée en 2024 et menée par Arvalis montre que les phosphates miniers, premiers responsables de la contamination des sols français au cadmium selon l’Anses, représentent moins de 1 % des usages en bio. Un résultat issu de 866 situations d'apports de phosphore en bio sur plus de 170 parcelles, étudiées entre 2017 et 2021. « Les agriculteurs et agricultrices biologiques privilégient en effet les engrais organiques et effluents d’élevage », d’après la Fnab.

« L’Anses commet une erreur grave »

Pour limiter l’exposition des Français à ce métal lourd, l’Anses appelle à abaisser le seuil autorisé en cadmium pour les matières fertilisantes (elle recommande une teneur maximale de 20 mg/kg). Elle invite également la population à réduire leur consommation de produits à base de blé (céréales du petit-déjeuner, gâteaux, pâtes, etc.) et de privilégier les légumineuses, moins contaminées.

« Le cadmium est un problème majeur de santé publique que l’agriculture ne peut plus ignorer, mais l’Anses commet une erreur grave en laissant penser à la population qu’il n’y a pas de solution et que bio et conventionnel seraient identiques », soutient Olivier Chaloche, coprésident de la Fnab. Avant de conclure : « quand on lit ce travail de l’Anses on voit non seulement des erreurs mais aussi des incohérences comme cette recommandation de favoriser le développement d’une agriculture durable. Mais de quelle agriculture “durable” parlons-nous si ce n’est pas la bio ? »

Mots-Clés

CIRCUITS BIO est depuis 2020 le média B2B spécialiste des magasins bio. Il s’adresse aux acteurs de la distribution spécialisée bio : acheteurs en centrales, directeurs de magasins, chefs de rayon, fabricants, fournisseurs, organismes professionnels. Créés en toute indépendance par des journalistes spécialisés, les contenus proposés par CIRCUITS BIO sont diffusés en mode omnicanal : magazine bimestriel, site web éditorial, enews hebdomadaire, événements.