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L’avenir de l’Agence bio en jeu

À l’occasion de l’examen du budget de l’agriculture vendredi soir, le sénateur Laurent Duplomb (Les Républicains) a fait voter par la chambre un amendement qui vise la suppression de l’Agence Bio.
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  • Auteur : Amaury Beautru
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Le sujet faisait jaser depuis l’automne dernier. Une nouvelle étape a été franchie ce vendredi. A la chasse aux économies, le nouveau gouvernement Bayrou met en joue l’Agence Bio, l’interlocuteur privilégié de la filière biologique depuis 2001. 

À l’occasion de l’examen du budget de l’agriculture vendredi soir, Laurent Duplomb, sénateur Les Républicains, a fait adopter par l’assemblée, et sur un « avis de sagesse » du gouvernement, un amendement qui vise la suppression de l’Agence Bio. A la clé, 2,91 millions d’euros d’économie seulement, soit le budget de fonctionnement de l’Agence bio, ce qui risque de mettre à mal une branche déjà fragile. « Ce n’est pas parce qu’on internalise l’Agence du bio que l'on néglige l’Agriculture Biololgique, a justifié Annie Genevard, ministre de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire. On essaye de rationaliser les coûts de fonctionnement. »

« Le marché est mature »

L’amendement recommande en effet de confier les missions de l’institution à l’établissement public FranceAgriMer par exemple ou au service du ministère de l’Agriculture. On peut lire dans le texte que « cette rationalisation se justifie notamment par la faible taille de l’opérateur (doté d’un plafond d’emplois de 20 ETPT), qui ne permet pas d’optimiser les ressources dédiées à sa gestion. »

« L’Agriculture souffre d’une crise de la demande , a rappelé la ministre, faisant visiblement fi des signaux positifs enregistrés en 2024 sur le circuit de distribution spécialisé. La politique qui a encouragé la conversion […] devrait être redirigée vers le maintien, parce que le marché est mature. » Avant d’ajouter : « la filière ne trouve pas son équilibre économique. Nous avons mis plus 100 M€ en 2023, plus de 100 M€ en 2024, cette politique épuise les dépenses publiques. Elle ne peut pas le trouver qu’avec l’abondement de l’État. » Des propos jugés « insultants » par le Président des écologistes Guillaume Gontard. « Ce sont des gens (les agriculteurs bio, nldr) qui travaillent dur pour l’intérêt général. » a-t-il rappelé.

De vives réactions tous azimuts

La menace qui pèse sur le GIP (Groupement d’intérêt public) Agence française pour le développement et la promotion de l'agriculture biologique a suscité de vives réactions en ce début de semaine. Dans un communiqué, le Synabio calcule que les frais de fonctionnement de l’institution (2,9 M€), expliquent 0,0004 % du budget de l’État. Le syndicat des entreprises bio agroalimentaires rappelle que, dans un rapport, « la Cour des comptes, dont le rôle est de veiller à la bonne gestion des deniers publics, a recommandé en 2022 de renforcer ses moyens (de l’Agence Bio, ndlr) et non pas de la démanteler ! »
La FNSEA regrette pour sa part « que l’amendement adopté n’ait fait l’objet d’aucune consultation préalable des organisations professionnelles agricoles. »

« On peut dire que ce gouvernement a le sens du timing et de la cohérence politique , a souligné Philippe Camburet, président de la FNAB. Venir nous expliquer en pleine crise de la bio qu’il faut supprimer l’acteur chargé de promouvoir nos produits, c’est pour le moins osé. Depuis trois ans nous avions l’impression d’être rentrés dans un processus collaboratif de recherche de solutions qui vient d’être mis à terre. »

Les distributeurs ont aussi fait entendre leur voix. La Vie Claire précise que « supprimer l’Agence Bio, c’est fragiliser tout un écosystème déjà sous pression et porter un coup d’arrêt à la transition agricole, pourtant cruciale pour l’avenir. » Sur son compte Linkedin, Biocoop a opposé aux arguments invoquant un excès de subventions " c’est toute l’agriculture qui vit au crochet de la PAC. Les aides publiques directes à l’agriculture représentent, en 2023, près de 23% de l’excédent brut d’exploitation des entreprises agricoles, en augmentation de 2,22 points par rapport à 2022. Et ce sont bien les « calamités agricoles » qui imposent chaque année d’augmenter le soutien public aux agriculteurs."  Accord Bio lance lui ce jour un message d’alerte pour le grand public et qui sera relayé dans ses magasins.

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