Bientôt un sucre bio et équitable fabriqué dans les Hauts-de-France
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- Auteur : Léa Lesurf
A l’heure où les questions de relocalisation et de souveraineté alimentaire sont sur toutes les lèvres, voici un bel exemple de structuration de filière dans les Hauts-de-France. A l’automne 2024, une micro-sucrerie bio baptisée la fABrique à sucres devrait ouvrir ses portes à proximité de Lille, dans le triangle formé par les villes d'Arras, Lens et Cambrai (59). Le projet a été initié par le groupement des agriculteurs bio des Hauts-de-France, l’antenne régionale du réseau de la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab).
« Nous sommes partis d’un double constat. D’une part, les producteurs de betteraves sucrières bio manquaient de débouchés. D’autre part, les transformateurs de la filière bio, qui s’approvisionnent d’ordinaire avec du sucre originaire d’Allemagne ou d’Amérique du Sud, cherchaient à relocaliser leur approvisionnement » , explique Eva Coudray, chargée de mission filières pour Bio en Hauts-de-France.
Un nouveau modèle de production équitable
Créée l’an passé et dimensionnée pour transformer à terme 20 000 tonnes de betteraves par an, la micro-sucrerie a été imaginée sous forme de Scop (société coopérative de production). « L’outil sera dirigé par trois collèges, les producteurs dont les voies sont majoritaires, les utilisateurs [les entreprises de l’aval, ndlr] et enfin, les investisseurs et les soutiens du projets » , explique Eva Coudray. Premiers opérateurs à avoir soutenu le projet à ses débuts, France Cake Tradition, Biocoop, Omie&Cie ou encore la Brasserie Paysanne de l’Artois, figurent parmi les transformateurs et distributeurs sociétaires de la Scop.
Un sucre complet de betterave bio au procédé breveté
Côté produit, deux ans de recherche et développement ont été nécessaires pour mettre au point un sucre de betterave complet. Proposé sous forme de poudre, il est riche en minéraux, fibres et vitamines à l’instar de la rapadura issue de la canne à sucre, appréciée en magasin bio. Une alternative locale donc à l’importation. « C’est un produit qui n’existe pas encore sur le marché, nous sommes en train de breveter son procédé » , souligne Eva Coudray.
Reste désormais à fédérer davantage d’acteurs sur ce projet. Mi-février, alors que les agriculteurs conventionnels manifestaient contre la décision de justice européenne sur l’interdiction des néonicotinoïdes, l’insecticide « tueur d’abeilles » largement utilisé pour la production de betterave, le groupement Bio en Hauts-de-France organisait une réunion d’information sur la conduite de cette culture en bio et sa valorisation via la micro-sucrerie. Une quarantaine de producteurs ont participé. Fin mars, une nouvelle réunion sera organisée, cette fois-ci avec les transformateurs et distributeurs, pour présenter le projet et assurer les premiers débouchés à cette nouvelle filière française.
Pour contourner l’utilisation des insecticides et pesticides, interdits par le cahier des charges bio, et se prémunir au mieux du virus de la jaunisse apportée par les pucerons, l’une des solutions techniques repose sur un semis tardif, mi-avril, une fois que les vols de pucerons sont passés. Les rotations longues, encouragées par le mode de production bio, participent également à limiter la pression des ravageurs.
Ce semis tardif entraîne toutefois une perte de rendement. En bio, la récolte s’élève en moyenne à 50 tonnes par hectare, contre plus de 70 tonnes en agriculture conventionnelle. Autre difficulté pour les producteurs bio, le désherbage qui impose un surcoût important en terme de main d’œuvre. « La betterave est une plante sensible à la concurrence. Selon les sols et les conditions climatiques, les producteurs peuvent passer entre 40 et 250 heures à biner dans les champs », affirme Eva Coudray, chargée de filière pour Bio en Hauts-de-France.