Le Synadis Bio se retire de l’Agence Bio
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- Auteur : Magali Monnier
Le Synadis Bio appelle au sursaut. Le syndicat regroupant 2000 magasins bio quitte l’Agence Bio par l’annonce ce jour de la démission des fonctions de vice-présidente de l’institution de Christelle Le Hir. Cette dernière, également présidente du syndicat, porte cette décision collective actée par son conseil d’administration. « Il y a un an, nous défendions l’Agence Bio car nous croyions en sa mission [NDLR - qui consiste à soutenir la structuration de la filière, éditer les chiffres du marché et informer le grand public], témoigne Christelle Le Hir. Aujourd’hui, nous nous retirons car nous refusons d’être associés à un système dysfonctionnel. »
Depuis plus d’un an, le gouvernement cumule les « attaques » envers l’Agence Bio, d’abord en la menaçant de disparition (un sujet, toujours à l’ordre du jour) puis en sabrant ses fonds. « Si elle a survécu, malgré la suppression de plus de 60 % de son budget, soit la coupe la plus drastique de tous les opérateurs de l’État, l’institution que nous défendions n’existe plus », s’alarme le syndicat.
Ce n’est pas un abandon du combat pour la bio, au contraire
Au-delà de l’asphyxie budgétaire, celui-ci dénonce le projet de licenciement de la directrice générale. « Après avoir coupé les moyens puis la tête, on s’oriente vers un démantèlement de l’institution, fustige Christelle Le Hir. L’étape suivante sera probablement le transfert des missions résiduelles à France AgriMer, où la voix des distributeurs spécialisés bio sera encore moins entendue. » Le syndicat pointe aussi l’absence d’échanges avec les décideurs politiques et déplore « une année sans avoir été être reçu par son ministère de tutelle, malgré les demandes répétées du conseil d’administration de l’Agence Bio ».
Cette décision, prise après des mois de réflexion et de tentatives de dialogue infructueuses, ne constitue pas un abandon du combat pour la bio. Loin de là. Elle marque un tournant dans les relations entre les représentants des distributeurs spécialisés bio et les instances de gouvernance de la filière. « Les contraintes diplomatiques m’empêchaient de dire avec force ce que vivent nos adhérents : l’abandon institutionnel face à des structures qui ne défendent plus que leur propre survie », révèle Christelle Le Hir. Le syndicat compte désormais utiliser sa liberté de parole à bon escient et a déjà fait part d’exigences à propos, par exemple, du soutien aux producteurs ou de la cohérence politique entre discours écologiques et budgets alloués.
« Il ne s’agit plus de sauver l’Agence Bio, il s’agit de sauver le bio lui-même »
« En détruisant l’Agence Bio, le gouvernement prive l’agriculture française d’un outil stratégique au moment précis où elle en a le plus besoin pour affronter le déclin démographique des exploitations et la perte de revenus agricoles, proteste le syndicat professionnel. Le gouvernement ne peut pas simultanément : proclamer l’urgence climatique, lancer un observatoire du déclin agricole, afficher des objectifs d’agroécologie, et réduire les budgets de l’agriculture biologique. Cette contradiction révèle un manque de cohérence stratégique et sape la crédibilité des engagements publics. »
Christelle Le Hir appelle l’ensemble des acteurs de la filière – producteurs, transformateurs, distributeurs, consommateurs – à se mobiliser pour une politique publique ambitieuse. « Nous n’exigeons pas des aides de circonstance, nous exigeons une cohérence politique durable. La bio n’est pas une variable d’ajustement budgétaire, c’est un impératif de santé publique et écologique. Il ne s’agit plus de sauver l’Agence Bio, il s’agit de sauver le bio lui-même », conclut-elle.
Les membres de l'Agence Bio.