Vrac et réemploi : une longueur d'avance pour les magasins bio
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- Auteur : Amaury Beautru
La place est libre, mais pour combien de temps ? D'après l'observatoire mené dans plus de 500 magasins par l'institut d'études Winminute pour le compte des Ateliers de la conso responsable (dont Circuits Bio était coorganisateur en avril) les magasins bio mettent une belle déculottée aux GMS sur le terrain du vrac et du réemploi. Ils font un sans fautes. Ils sont mieux-disants sur la détention, l'offre, le prix, et la tenue (propreté, rupture). Un regard en arrière nous apprend à quel point les généralistes ont lâché l'affaire. Les relevés opérés début 2025 démontrent qu'ils ont réduit la voilure en matière de parc et d'offre (lire encadré ci-dessous). En 2025, les hypers et supers ne sont plus que 60 % à aligner les silos. Soit une retombée au niveau de 2018. Alors que la vente à la juste dose est un prérequis dans n'importe quel magasin bio.
Toutes les GMS n'ont pas jeté l'éponge
Deux nuances toutefois. La première, toutes les GMS n'ont pas jeté l'éponge. Coopérative U par exemple, déjà bien pourvue avec près de 9 magasins sur 10 détenteurs, renforce encore son parc. Certains généralistes cherchent toujours leur modèle. La solution Revo, qui consiste à faire livrer en point de vente des sachets à venir installer directement sur des silos adaptés pour limiter la manutention et le lavage, prend de l'ampleur. Elle est poussée par des interlocuteurs comme la Compagnie Léa Nature. 250 hypers et supers en sont équipés. Eureco, l'installateur, en vise 500 d'ici la fin de l'année. La technique pourrait d'ailleurs très bien intéresser les spécialistes bio pour qui le rayon vrac reste un gros consommateur de main d'œuvre. A condition d'accepter de renouveler tous les silos. Biocoop, leader du vrac avec 21 % du marché français, a approché le fabricant pendant le salon ReUse Economy Expo.
Sous-traiter à un spécialiste
Sur le même principe, Carrefour teste depuis ce début d'année une nouvelle solution mise en œuvre par le prestataire full service Un Air d'Ici (Juste Bio). Le groupe d'Alexandre Bompard n'a pas complètement plié les gaules sur le vrac (même si la détention plonge en hyper, - 26 pts en deux ans, et progresse en super à + 5 pts). Son dernier concept de proximité City, présenté en mai, embarque un module vrac. Le fait que le directeur de ce canal, Benoît Soury, soit aussi en charge du bio n'y est peut-être pas étranger. Dans le groupe Auchan, l'enseigne Chronodrive préfère sous-traiter le réemploi à un spécialiste. Le Fourgon y distribue une quarantaine de codes dans les 56 drives. Le leader de la consigne livrée à domicile fournit aussi quelques magasins indépendants qui n'hésitent pas à monter des TG dédiés, comme au Carrefour Express d'Amiens. De nombreux projets sont également en cours sur le vrac, comme En Avant Vrac, ou Défi Vrac.
Côté prix, tous les généralistes ne sont pas non plus à côté de la plaque. Carrefour (encore lui) reste dans le match. Son indice est aligné avec celui de La Vie Claire, quand Leclerc, s'affiche 18 % plus cher que Biocoop. Vous avez bien lu. A noter d'ailleurs, et cela n'est pas perceptible sur les relevés de prix, que bien souvent les spécialistes ne se contentent pas d'être moins chers, ils sont aussi plus exigeants sur le cahier des charges, privilégiant les origines nationales voire locales et les certifications équitables. Fin de l'aparté.
Seconde mise en garde, tout n'est pas parfait sur le vrac ou le réemploi en magasins bio. Pour ce dossier, la rédaction a mis a l'épreuve plusieurs dizaines de points de vente, toutes enseignes bio confondues. Bilan, acheter en vrac relève encore d'un parcours du combattant, ou a minima du militant. Il y a des irritants sur lesquels les magasins ne peuvent pas agir, comme faire penser à son client avant de quitter son domicile d'apporter ses bocaux. Mais d'autres où l'expérience d'achat peut être largement améliorée (lire p.28).
Naturalia peut mieux faire sur les ruptures
L'exécution n'est pas toujours irréprochable, loin de là. Certes la tenue du rayon est majoritairement satisfaisante d'après l'observatoire. Mais perfectible. Alors que La Vie Claire et Biocoop sont exemplaires sur le critère des ruptures (2% des silos vides), Naturalia s'inscrit dans la moyenne des GMS (9 %).
Avec le projet d'ampleur ReUse, mené par Citéo dans le quart nord-ouest et qui embarque une soixantaine de marques, les GMS sont embarquées, ainsi que Biocoop. Chez les pure players comme Le Fourgon (30 M€), La Tournée et Drink Dong les croissances sont déjà insolentes. À tour de rôle, les enseignes bio communiquent sur leur volonté de faire de l'intégralité de leur parc des points de collecte. Mais les clients le voient-il une fois dans le commerce ?