Aller au contenu principal

Vidéosurveillance à l'IA : Révolution ou casse-tête pour les commerçants ?

L'intelligence artificielle s'invite dans la vidéosurveillance et promet de réduire drastiquement les vols en magasin bio. Si les premiers résultats sont encourageants, la technologie reste perfectible et son cadre légal encore flou. Entre gains réels, faux positifs et vigilance réglementaire, les distributeurs avancent avec prudence.
  • Publié :
  • Modifié :
  • Auteur : Amaury Beautru
L'I peut être embarquée dans les systèmes de vidéos surveillance existants.

L'IA peut être embarquée dans les systèmes de vidéos surveillance existants.

 

En matière de solution contre le vol, l'arrivée de l'intelligence artificielle dans la vidéosurveillance est probablement la plus grande évolution des dernières années. À partir d'un système vidéo existant, une nouvelle brique technologique remonte les comportements suspicieux après analyse des images en temps réel.

« Le développement sera exponentiel, prévient Mathieu Bouvard, directeur de Lease Protect France, spécialiste de la lutte contre la démarque inconnue. Nous en installons 50 à 100 tous les mois. » Son concurrent, Veesion, équipe lui une centaine de magasins bio spécifiquement. Sur le papier, la solution parait révolutionnaire et sans faille.

« Les six premiers mois de l'adoption de cette technologie, nous avons identifié une dizaine de voleurs, dont la moitié dès les premiers jours », se rappelle Alesio Ferroni, gérant du Biomonde La Verte d'Oc à Mirepoix (09). L'installation de trois caméras sur son 110 m² lui a permis de diviser par trois le vol. « Il ne représente plus que 0,3 % de mon chiffre d'affaires », se réjouit le commerçant.

150 alertes par jour

« Avant, les caméras seules ne suffisaient pas à dissuader, précise Samuel Gohier, adhérent Les Comptoirs de la Bio à Ploeren et Quiberon (56). Grâce à l'IA, rapidement, nous avons identifié dix voleurs réguliers qui représentaient 90 % des volumes. » Avec une quinzaine de caméras moyennant 60 € mensuels, ses deux points de vente ont annihilé le vol sur des produits sensibles, comme les cosmétiques Rose de Damas, Dr. Hauschka ou encore sur les références de pollen. Des résultats non sans une certaine implication humaine. « Au début, je recevais 150 alertes par jour, se rappelle Samuel Gohier. Il faudrait presque y allouer quelqu'un en permanence. Beaucoup étaient des faux positifs. »

Le rayon vrac, par exemple, n'est pas compatible avec l'IA car une personne qui met un produit dans un sac, est considéré suspect. « Un client prend plusieurs tomates et aussitôt on reçoit une notification "rafale", remonte Johan Legroux, directeur des deux Biocoop Coquelicot en Alsace. " L'IA s'adapte au fur et à mesure sur place, réagit Mathieu Bouvart. Il faut deux à trois mois de calage. » Les magasins contactés parlent plutôt de six mois de mise au point, et certains ont baissé les bras. « Il y a un côté anxiogène au début à tout analyser », réagit Samuel Gohier. Selon Veesion, le bon rythme se trouve entre cinq et dix notifications par jour. « Il faut y aller progressivement, explique Thibault David, président de l'entreprise. La solution est paramétrable et permet de filtrer seulement quelques gestes sur les dix surveillés. Ou bien privilégier des caméras plus que d'autres. » C'est le choix opéré par le destockeur Noz, qui a désactivé la technologie sur certains rayons.

Exploiter toutes les fonctionnalités est l'une des deux principales erreurs commises par les utilisateurs, avec l'affectation des alertes à une seule personne, alors que le partage de la responsabilité est préférable.

Un flou juridique

Au-delà de ces considérations organisationnelles, l'IA questionne sur l'aspect législatif. La Cnil prend les sujets au fur et à mesure, par cas d'usage. Ainsi, elle a validé l'utilisation des caméras « augmentées » sur les caisses libre-service. Pour Perifem, l'association qui réunit les distributeurs français autour des questions techniques, c'est un accord satisfaisant et équilibré puisqu'il assure le respect de la vie privée des clients tout en reconnaissant le droit légitime au commerçant de lutter contre le vol. Cet accord à le gros avantage de fixer un cadre de mise en œuvre. Le député Paul Midy a déposé une proposition de loi (N° 1142) au printemps 2025 pour « autoriser, sous des conditions strictes, l'usage de technologies d'analyse automatique des images au sein des magasins de vente [...] en vue de garantir la sécurité des biens et des personnes. » En attendant, le risque est d'installer un système qui ne répond pas aux futures contraintes. Sans compter le flou qui plane autour de l'impact écologique.

 

CIRCUITS BIO est depuis 2020 le média B2B spécialiste des magasins bio. Il s’adresse aux acteurs de la distribution spécialisée bio : acheteurs en centrales, directeurs de magasins, chefs de rayon, fabricants, fournisseurs, organismes professionnels. Créés en toute indépendance par des journalistes spécialisés, les contenus proposés par CIRCUITS BIO sont diffusés en mode omnicanal : magazine bimestriel, site web éditorial, enews hebdomadaire, événements.