Que vaut la bible des compléments alimentaires de Darwin Nutrition ?
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- Auteur : A. Beautru
Darwin Nutrition a enquêté sur l’efficacité de 350 actifs, comme le psyllium blond, le collagène, mais aussi le brocoli.
En mars, le site d’information Darwin Nutrition a annoncé la mise en ligne de « la plus grande base de données ouverte et gratuite dédiée à l’efficacité des actifs de santé naturelle ». Et cela gratuitement. 350 actifs de santé naturelle (spiruline, vitamine D, seigle, oméga-3, etc.) y sont répertoriés. L’outil analyse également 200 indications (fatigue, acné, lactation, jambes lourdes, etc.) et cite plus de 7 000 études scientifiques.
Pour garantir la fiabilité des informations, l’éditeur s’appuie sur un panel d’experts santé. L’équipe de Darwin Nutrition est composée de 14 professionnels du secteur (docteurs en pharmacie, nutritionnistes, naturopathes, médecins généralistes, infirmières et même vétérinaires). Les sept autres membres sont principalement issus du monde de l’édition (journalistes, rédacteurs et créateurs de contenu) mais comptent aussi un chef cuisinier et une ingénieure agronome.
Un an après sa sortie, en 2020, le site a d’ailleurs reçu la certification HONcode (Health on the net) qui atteste de la transparence, de la responsabilité et de la traçabilité de l’information santé sur internet. Cette certification est délivrée en partenariat avec la Haute Autorité de Santé (HAS).
Dans les actifs efficaces, certains le sont plus ou moins
Avec 150 000 visiteurs uniques par mois, Darwin Nutrition s’est fixé pour mission de trier les actifs réellement efficaces de ceux dont l’effet reste incertain. Le média s’est inspiré de Examine.com, un site canadien similaire, où seule une partie des contenus est libre d’accès.
« Nous connaissons bien les laboratoires, et ils sont nombreux à vendre des compléments dont l’efficacité n’est pas prouvée par la science , estime Quentin Molinié, cofondateur du média. Et dans les actifs efficaces, certains le sont plus ou moins. »
Les seules sources valables (comme pour tout médicament ou dispositif médical) sont donc les études scientifiques publiées sur les compléments.
Chaque actif est noté sur cinq pour son efficacité selon les indications qui le concernent (parmi les 200 listées), en fonction du nombre et des résultats des études scientifiques existantes. Une seconde notation, sur quatre, évalue ses propriétés (comme antioxydant, antibactérien, antifongique, etc.). L’encyclopédie présente aussi les posologies recommandées, les effets secondaires potentiels et les interactions possibles avec d’autres actifs.
On y découvre par exemple que le collagène n’a pas encore fait ses preuves sur les rides. Sa note de trois sur cinq pour cette indication, révèle que « des preuves cliniques existent, mais en nombre et qualité limités. » Pour arriver à cette conclusion, Darwin Nutrition cite pas moins de 14 études.
Si l’encyclopédie semble rigoureusement documentée, le site qui l’héberge n’a pas été réaudité par HONcode depuis l’ajout de la base de données, pour assurer sa robustesse et la conformité des informations.
L’avis du Synadiet
Circuits Bio a sollicité l’avis du Synadiet sur cet outil à destination des professionnels et des particuliers. « Le site est immense, avec une grande variété de contenus même s’il ne traite pas les 2 000 actifs que nous dénombrons en compléments alimentaires », estime Claire Guignier, directrice communication des affaires publiques pour le syndicat des fabricants et vendeurs de compléments alimentaires. Face à cette remarque, Quentin Molinié se défend : « L es 350 actifs analysés couvrent plus de 90 % du marché selon nos estimations , argumente-t-il. Au-delà des effets de mode, finalement peu de compléments alimentaires sont réellement efficaces et utiles. »
Devant l’étendue de la base de données, le Synadiet précise « que seule une analyse approfondie du contenu permettrait d’exprimer un avis complet, en particulier sur la rigueur des informations. » Mais il dénonce avec fermeté une dérive. « Le site promeut une utilisation inadaptée des compléments alimentaires , déplore Claire Guignier. En faisant la promotion de compléments alimentaires pour le traitement de pathologies graves comme la grippe, des cancers, la dépression, la bipolarité, l’alcoolisme, ou des maladies comme celles de Parkinson ou d’Alzheimer, il met en danger ses lecteurs. »
En effet, la mention des pathologies est réservée aux médicaments et strictement proscrite des emballages des compléments alimentaires. « Nous sommes un média et non un laboratoire , rétorque Quentin Molinié. Nous ne sommes donc pas concernés par cette réglementation. Les allégations évoquées sont celles contenues dans les études scientifiques épluchées par notre équipe. »
Une consultation recommandée…avec prudence
Sur la question de l’intérêt de cette base de données pour les conseillers en magasins bio, le Synadiet appelle à la prudence. « En faisant la promotion de compléments alimentaires pour le traitement de pathologies graves le site met en danger ses lecteurs », met en garde Claire Guignier.
Pourtant, difficile pour les magasins bio de rivaliser avec la connaissance des pharmacies. « Leur socle de base est enrichi par les formations dispensées par les laboratoires , note Claire Guignier. Leur logiciel de prescription est aussi une aide. À l’échelle du Synadiet nous ne proposons rien pour les conseillers en magasins spécialisés ou non. » En dehors des conseils apportés par leurs fournisseurs, les employés de magasins bio ont peu d’accès à une information vérifiée. Internet est une bible pour beaucoup de conseillers, mais sa fiabilité est discutable.