L'approvisionnement en chocolat bio se complique davantage
La hausse du cours du cacao inquiète les acteurs, tout comme l'évolution de la réglementation européenne sur l'importation des produits bio. Un durcissement des conditions est entré en vigueur au 1er janvier 2025.
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Auteur : Magali Monnier
Bonneterre a subi des ruptures sur son origine Togo mais la situation est désormais rétablie.
Le cours du cacao a été multiplié par trois en trois ans. Mais plus que le prix, c’est la disponibilité de la matière première qui inquiète les acteurs de la filière. « En deux ans, les importations de cacao en Europe ont chuté de 42 %, constate Guy Deberdt, directeur général de Kaoka. Nous n’avions pas imaginé une baisse aussi conséquente. »
Dans les pays producteurs, l'agriculture plus vertueuse est particulièrement menacée. En amont, le prix proposé à l'achat en conventionnel s’avère parfois plus avantageux que celui du bio et équitable. « Nos coopératives nous sont fidèles car nous avons créé une filière solide et pérenne avec eux, explique Guy Deberdt. Mais rien n’empêche un de leur cultivateur d’écouler une partie de sa production avec un client au tarif plus attractif. »
À la problématique du prix, s’ajoute celle de la réglementation européenne concernant les importations de produits dotés de l’eurofeuille. « Un durcissement des conditions est entré en vigueur au 1er janvier 2025 et représente un frein sur le plan administratif et financier pour de nombreux producteurs qui pourraient arrêter le bio, alerte Guy Deberdt. Sans oublier la loi antidéforestation prévue pour 2026 qui complexifie les démarches pour exporter en Europe. Certains pays risquent de se détourner du vieux continent. »
Face à cette situation, les fournisseurs du réseau spécialisé bio tentent tant bien que mal de remplir les rayons des magasins. Plusieurs marques ont subi des ruptures et retards de livraison. La gamme en vrac de Moulin des Moines par exemple est en rupture permanente. Alors que l’approvisionnement de ses tablettes de chocolat est variable, la société organise son offre pour assurer ses gammes festives. Saveurs & Nature n’a pas été confronté à ces arrêts forcés, grâce à la combinaison de plusieurs facteurs. « Notre largeur d’offre couvre de nombreuses origines de cacao permettant de varier les sourcings », explique Olivier Cima, directeur général de la société. De plus, cette dernière dispose de davantage de latitude en s'approvisionnant directement en fèves de cacao qui sont ensuite torréfiées en interne par ses chocolatiers. Ce savoir-faire est utilisé pour 30 à 40 % de sa production et permet ainsi de limiter l'achat de chocolat de couverture, très prisé. « Nous sommes submergés de demandes d'industriels et chocolatiers, témoigne Guy Deberdt. Ils se tournent vers les acteurs spécialisés bio qui disposent de plus de matière première car ils maîtrisent leurs filières. Mais notre priorité est de reconstituer nos stocks pour être plus sereins pour 2026. »