Mobilier froid : pourquoi y a-t-il urgence à agir ?
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- Auteur : Amaury Beautru
Il y a le feu au froid. Depuis plusieurs années, les fluides frigorigènes employés dans les meubles froids des commerces font l'objet d'une réglementation toujours plus stricte, pour raisons écologiques. La dernière en date, le règlement F-gas III, signe la fin des hydrofluorocarbures (HFC), ces R404a, R134a et autres fluides fluorés qui équipent encore la majorité des installations. Au lendemain du 31 décembre 2029, il ne sera plus possible de recharger ou d'entretenir ces installations. Tant qu'aucune panne ne survient, le magasin peut continuer à les exploiter. Mais au premier incident (fuite, compresseur défaillant) aucune réparation ne sera envisageable. Conséquence, c'est une mise hors service immédiate, une perte d'exploitation évidente et un remplacement complet à organiser dans l'urgence...
Même si un commerce peut techniquement ouvrir sans linéaires frais, il ne tiendra pas longtemps face à un concurrent mis en conformité. Perifem, l'association technique des distributeurs, a identifié ce chantier comme l'un des quatre prioritaires du secteur sur le volet énergétique. Avec 800 K€ d'investissement annuel estimé à l'échelle de la distribution, il n'est pas le plus coûteux, mais il sera probablement le plus impactant. « D'après Perifem, 60 % des commerces alimentaires n'ont pourtant pas encore entamé leur transition début 2026 », glisse Rémi Genevier, chef de projet énergie chez R3.
R290 ou CO2 : choisir le bon fluide
Selon la configuration du magasin, les solutions diffèrent mais les gaz naturels sont à privilégier. Pour un groupe logé, le R290 (ou propane) semble le plus légitime. Pour une installation déportée, le CO2 a la préférence. Avec un potentiel de réchauffement global (PRG) de 1, le dioxyde de carbone affiche un bilan bien plus favorable que le propane, trois fois plus réchauffant, et bénéficie d'un approvisionnement parfaitement maîtrisé. Pour rappel le PRG du R134a est 1430 fois supérieur à celui du CO2.
Au-delà du fluide, l'efficacité énergétique ne doit pas être négligée. Le froid (frigo et clim) consomme 20 % de l'électricité mondiale, selon l'Institut international du froid (IIF). Et il serait responsable de 7,5 % des émissions de gaz à effet de serre. Inutile de choisir un fluide vertueux si l'équipement reste énergivore. « Ces cinq dernières années, les progrès ont été considérables, estime Gérald Cavalier, président de l'Association française du froid (AFF). D'une génération d'équipements à l'autre, certains fabricants ont réussi à réduire la consommation de 30 à 40 %. »
Rappelons aussi que le coût d'acquisition est à relativiser. « Au bout de dix ans, en incluant consommation énergétique et entretien, l'achat du meuble ne représente plus que 20 % du budget », précise Gérald Cavalier. La qualité de l'équipement est donc déterminante et la certification Certicold qui garantit la conformité légale, l'efficacité énergétique et le taux de service peut servir de guide.
Seconde main et rétrofit : à manier avec précaution
Des offres de seconde main circulent, un mode de consommation séduisant pour les acteurs engagés dans une démarche responsable. Mais attention. « Il faut s'assurer que l'équipement est au goût du jour, sans quoi c'est une solution à courte vue, prévient Gérald Cavalier. Ne choisissez pas des meubles qui emploient des fluides condamnés. »
Quant au rétrofit, comprenez la conversion d'un équipement existant vers un fluide non fluoré, il peut s'envisager dans des cas précis : si un remodeling est prévu dans les cinq ans, ou si le meuble présente une installation particulièrement sophistiquée qui justifie de conserver la caisse (la partie hors-moteur). Dans tous les autres cas, le remplacement reste la solution la plus pérenne. Les retours d'enseignes comme Biocoop confirment que le rétrofit génère plus de déconvenues que de satisfactions.
Anticiper pour éviter le goulot d'étranglement
L'urgence est réelle. « Si tous les commerçants se tournent vers les frigoristes en 2029, il y aura un goulot d'étranglement, avertit Franck Charton, délégué général de Perifem. Les carnets de commandes sont déjà bien remplis. » Certaines enseignes l'ont compris de longue date. Satoriz a engagé sa transition dès 2019. « Nous avons essuyé des pannes à répétition, perdu de la marchandise, témoigne Sébastien Lacraz, responsable développement et concept. C'est le prix à payer pour être pionniers. » Naturalia, elle, a profité de la crise énergétique pour accélérer et a déjà remplacé plus de 80 % de ses meubles ouverts par des groupes logés conformes. Mieux vaut engager la démarche maintenant, en s'appuyant sur un contrat de maintenance avec un frigoriste. « Le froid présente le plus faible taux de contractualisation dans la maintenance », rappelle Gérald Cavalier. Un accompagnement régulier permet pourtant d'anticiper les contrôles réglementaires, d'optimiser l'efficacité des équipements et in fine de réaliser des économies.