L’huile d’olive vierge bio a-t-elle sa place en rayon aux côtés de l’extra vierge ?
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- Auteur : Magali Monnier
La frontière est parfois mince entre une huile vierge et une extra vierge. La marque Elisa vendue chez Biocoop conteste les résultats d'une étude du média Que Choisir parue en juin 2025 qui l’a déclassée en huile vierge.
Le pour et le contre. Proposer une huile d’olive vierge en magasin bio aux côtés de l’extra vierge n’est pas du goût de tous. Quand les uns prônent la qualité avant tout, les partisans de l’huile vierge vantent le soutien aux producteurs bio et l’accessibilité prix. Ce dernier atout fait écho au contexte agricole compliqué sur l’olive et à l’inflation qui en a découlé. Circuits Bio passe en revue ces trois arguments pour y voir plus clair et se questionner sur le sujet.
1 Une clientèle exigeante sur la qualité
« Les clients des magasins bio ont un niveau d’exigence élevé sur la qualité de l’huile d’olive et ne recherchent que de l’extra vierge, rapporte Charlène Dulion, cheffe de produits pour Emile Noël. Nous prônons donc la plus haute qualité avant tout. » L’extra vierge n’est pourtant pas la plus adaptée pour certaines utilisations. « Par exemple pour la cuisson, c’est un peu dommage de faire chauffer une huile d’olive extra vierge qui peut perdre ses qualités, explique Judith Faller-Moog, présidente de l’Huilerie Moog (marque Bio Planète). Il y a tout un travail d’éducation à faire. » Bio Planète a ainsi développé une référence d’huile d’olive de cuisson (un mélange d’huile d’olive raffinée et vierge extra). Un code qui se vend très bien en Allemagne, mais qui est très peu diffusé en France. Les distributeurs jugeant la demande consommateur insuffisante.
Pour déterminer si une huile est qualifiée d’extra vierge, plusieurs critères entrent en jeu (lire encadré ci-contre), dont ses caractéristiques organoleptiques. « Les dégustations pour classer les huiles sont réalisées par des experts, explique Yann Terrien, directeur général de l’huilerie Vigean. Un consommateur aura du mal à faire la différence entre une bonne huile vierge et une extra vierge de qualité moyenne. » Une étude du média Que choisir, parue en juin 2025, a d’ailleurs conclu au déclassement de 15 références sur les 20 testées par des experts. Dont la marque Elisa vendue chez Biocoop. Celle-ci assure pourtant que le contre-échantillon du même lot a bien été qualifié d’extra vierge par un laboratoire agréé. L’attribution dans l’une ou l’autre des catégories semble parfois discutable.
2 Une attractivité prix (ou pas) pour l’huile vierge
La flambée du cours de l’olive ces dernières années a conduit les marques à repenser leurs stratégies pour faire des propositions moins onéreuses. Et si l’huile vierge pouvait répondre à cette attente d’accessibilité prix ? « L’écart entre les deux types d’huile pourrait être de 1 € ou 1,50 € au litre sur une bouteille de milieu de gamme », estime Yann Terrien. Dans sa vision, les consommateurs pourraient se faire plaisir avec une huile extra vierge pour de l’assaisonnement et utiliser une vierge moins chère pour la cuisson par exemple. Encore faut-il que le client accepte de stocker chez lui deux types d’huile d’olive en plus de celles de colza, de tournesol, etc. (et que les distributeurs trouvent de la place en rayon). « Nous avons beaucoup étudié le potentiel de l’huile vierge ces dernières années, avoue Judith Faller-Moog. Sur la question du prix, nos estimations aboutissent à des tarifs au minimum équivalents à ceux de l’extra. Car les efforts déployés pour les contrôles, la collecte ou encore le marketing sont trop importants par rapport à notre quantité d’huile déclassée qui reste finalement faible car nous faisons déjà une sélection auprès des producteurs. »
Pour proposer une offre accessible, plusieurs marques ont préféré opter pour un mélange tournesol - olive dans des proportions variées. « Cette référence est 30 % moins chère que notre huile d’olive extra vierge douce », affirme Charlène Dulion. Si cette dernière s’estime satisfaite des ventes chez Emile Noël, ce type de produit ne semble pas avoir séduit largement. Pour Elibio, le mélange est deux fois moins référencé en magasin que son olive pure (après un an de lancement seulement). « Les consommateurs préfèrent de très loin l’huile d’olive extra vierge lorsque le prix reste accessible », assure Tiphanie Verger, responsable du sourcing chez Elibio. Vigean, pour sa part, a choisi d’arrêter son mix tournesol - olive. « Elle ne répond pas à un vrai besoin pour les consommateurs, si ce n’est l’accessibilité prix, justifie Yann Terrien. Une huile vierge serait certes un peu plus chère, mais elle représenterait une option plus pérenne que ce type de mélange sur le long terme. »
3 Soutenir la filière et inciter les producteurs à passer en bio
« Lorsqu’une huile d’olive extra vierge est déclassée, les producteurs bio ne parviennent pas à la valoriser en huile vierge par manque de débouchés, explique Yann Terrien. Elle part souvent en raffinage avec une décote beaucoup trop forte. » Une problématique propre à la filière bio qui dispose de moins de transformateurs industriels susceptibles d’utiliser cette huile déclassée (pour des conserves ou produits transformés). En conventionnel, les fabricants sont plus enclins à intégrer ce type d’huile dans leurs recettes. « Lorsque nous échangeons avec nos agriculteurs, le principal enjeu des années à venir concerne la disponibilité de la matière, souligne Yann Terrien. Et ce, dans un contexte mondial de demande croissante, comme en Asie. » Pour convaincre les producteurs de passer en bio (ou de le rester), le dirigeant estime nécessaire de leur assurer un modèle économique fiable offrant aussi des débouchés en huile vierge. « Nous pourrions ainsi attirer davantage d’agriculteurs certifiés, conclut Yann Terrien. Ce qui aurait un impact direct sur l’intégralité de la production bio et donc, in fine, une probable baisse des prix, y compris sur l’extra vierge. »