Bilan vrac : les spécialistes redressent la barre
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- Auteur : Léa Lesurf
Serait-ce enfin le bout du tunnel pour le marché du vrac en France ? Après trois années difficiles, émaillées par le recul des volumes et des fermetures de points de ventes , l’hémorragie semble enfin contenue au sein des différents réseaux sur le territoire. Parmi les spécialistes, Vrac’n Co, un groupement qui regroupe 150 épiceries indépendantes, constate une reprise de l’activité depuis janvier. « Nous sentons un frémissement en 2024, après une année 2023 où les ventes se sont stabilisées », analyse Philippe Audard, son co-fondateur.
Une reprise disparate selon les réseaux
Chez day by day, première enseigne spécialiste du vrac en France, le retour à la croissance a été progressif tout au long de l’année 2023. Sur les douze derniers mois, son chiffre d’affaires a ainsi cru de 6,5 % à périmètre constant et ses volumes de 2,6 % . « Les consommateurs de 30 à 45 ans, qui avaient déserté il y a deux ans et qui pesaient au moins 40 % de la clientèle, sont en train de revenir dans nos magasins », explique Didier Onraita, co-fondateur d’Osmosia (ex My Retail Box), maison mère de l’enseigne.
La tendance baissière s’inverse également parmi les distributeurs bio, même si les résultats demeurent contrastés selon les enseignes. Chez Biocoop, où l’offre non emballée (hors fruits et légumes) pèse 10 % du chiffre d’affaires, « nous sentons que le vrac revient peu à peu dans le jeu, même si la dynamique reste compliquée », prévient Guillaume Pagliaro, responsable du vrac au sein de la direction de l’offre. En volume, les ventes du rayon reculent de 3 % environ en 2023, « une baisse toutefois moins importante que les années précédentes ».
Même constat pour Le Grand Panier Bio. Si le chiffre d’affaires du rayon reste en repli, de l’ordre de – 6 %, « la baisse ralentit » constate Bertrand Pérot, patron de l’enseigne clermontoise. Chez Naturalia, les sorties s’avèrent « stables » selon Astrid Castaignon, acheteuse et category manager MDD, vrac et fruits secs. Dans ce paysage, La Vie Claire dénote par des résultats remarquables, avec une hausse de 7 % du chiffre d’affaires des produits non emballés en 2023 selon Anne Sophie Pallas, responsable marketing alimentaire de l’enseigne.
Des temps forts pour soutenir les ventes
Dans les magasins Le Grand Panier Bio, l’assortiment est passé en un an de 350 à 150 références. « Nous avons décidé de nous recentrer sur les unités qui tournent le mieux », confirme Bertrand Pérot. Cette réduction drastique doit permettre à l’enseigne de mieux gérer les pertes et d’optimiser la rentabilité du rayon. Elle participe aussi à rehausser l’image qualitative du rayon, en évitant les références à faible rotations dont la qualité ou la présentation se détériorent avec le temps.
Rassurer les consommateurs sur l’accessibilité tarifaire
Chez day by day, les efforts consentis sur l’accessibilité tarifaire de l’offre ont été un des leviers de la reprise. « Dans cette période particulièrement difficile pour les consommateurs, nous avons fait attention à contenir l’inflation », assure Didier Onraita. Dans le réseau qu’il dirige, la hausse des prix s’est ainsi limitée à 3,9 % seulement en 2023 (hausse moyenne des prix pondérés par les volumes, selon l’enseigne), contre 12,8 % en grande distribution d’après Circana.
En magasin bio, les enseignes s’attachent également à créer un delta de prix favorable au vrac, généralement compris entre 10 % et 20 % à référence équivalente. Biocoop a tout récemment acté une résolution en ce sens en assemblée générale, afin d’engager ses sociétaires à respecter un écart tarifaire en faveur du non emballé. « Les consommateurs bio ont toujours accordé une grande importance à la réduction de leurs déchets. Mais depuis l’inflation, ils viennent davantage au rayon vrac pour avoir des prix plus attractifs, avec l’objectif de faire des économies », estime Anne-Sophie Pallas chez La Vie Claire. En ces temps de restriction budgétaire, l'argument est de taille.