Aller au contenu principal

Benoît Soury : pour une bio soudée autour d'un même cahier des charges

Le directeur marché bio et proximité du groupe Carrefour, patron de So.bio et Bio c'bon, passé par La Vie Claire avant cela, nous a partagé son regard sur les événements passés et les perspectives du bio.
  • Publié :
  • Modifié :
  • Auteur : Propos recueillis par Amaury Beautru
Benoît Soury est directeur marché bio et proximité France chez Carrefour, en charge notamment des enseignes So.bio et Bio c'Bon.

Avec trente ans au service du bio, aussi bien du côté industriel que de la distribution, Benoît Soury nous partage son regard sur les événements passés et les perspectives du bio.

Comment décririez-vous l'évolution du marché bio en France depuis 30 ans ?

Le bio est passé d'un statut de niche à presque du « mass market ». Avec 13 milliards d'euros, il fait environ 1,5 fois la taille du marché des surgelés en France par exemple. 

Quelles en sont les particularités qui le distinguent d'autres marchés alimentaires ?

D'abord il est né de la volonté conjointe des agriculteurs de produire différemment, sans excès, et des consommateurs désireux de retrouver du goût, avec moins d'additifs. Cette croissance s'est opérée avec peu d'aides de l'État, prouvant son caractère non artificiel.

Que vous évoquent les récents désinvestissements politiques ?

Le soutien aux outils de transformation et à la communication via l'Agence Bio est menacé par des discours politiques. Cette diminution pourrait nuire à la conversion et au développement industriel. La crainte majeure est un affaiblissement du cahier des charges, qui est vital pour la confiance des consommateurs.

Le label bio européen est solide, mais la demande pour un " bio plus " s'intensifie. Comment concilier ces exigences croissantes avec la nécessité de maintenir l'accessibilité financière pour tous les consommateurs ?

Il est crucial de rester concentré sur le logo AB/Eurofeuille, sans s'éparpiller, et de faire évoluer le cahier des charges existant. J'y vois deux axes prioritaires : renforcer le bien-être animal et ajouter des critères sociaux. Il faut cependant veiller à ne pas augmenter excessivement les coûts, au risque de rendre le bio inaccessible et de favoriser d'autres labels. L'objectif est de consolider la communication sur le bio, car la confiance du consommateur est primordiale.

Quels sont les signes actuels qui vous rendent optimiste quant à une reprise durable ?

Les consommateurs sont de retour : on observe une fréquentation accrue en magasins spécialisés et un frémissement en grande distribution, favorisés par une légère déflation qui redonne du pouvoir d'achat.

Le secteur de la bio spécialisée a-t-il commis des erreurs stratégiques qui l'ont rendu vulnérable ?

Quand un marché est porteur, les réflexes de gestion diminuent. Il y a aussi eu la course à l'ouverture de points de vente qui a rendu le ralentissement difficile et long. Enfin, la politique des fournisseurs a aussi joué un rôle : leur rentabilité plus forte sur le circuit spécialisé par rapport à la grande distribution a pu fragiliser le modèle. D'autant que certains acteurs, les "Marketing companies" n'ont pas d'outils industriels propres. Ce qui joue sur la marge.

Quelles sont les grandes réussites et les innovations marquantes du secteur de la bio ?

Il y a déjà la création d'un environnement exigeant par des acteurs profondément convaincus, aussi bien côté distribution qu'industrie. La filière a constamment défendu le cahier des charges et le logo AB. Le choix d'une distribution sélective des industriels ont également structuré le marché. Enfin, la quasi-absence de scandales majeurs sur la bio est une satisfaction clé, renforçant la confiance des consommateurs.

Comment gérez-vous la dualité entre distribution généraliste et spécialiste ? 

Nous ne faisons que reconnaitre la liberté du consommateur de choisir son lieu d'achat. En soutenant la transition alimentaire pour tous, on doit s'adresser à tout le monde. Nous sommes généraliste, spécialiste et même e-commerçant. On ne cherche jamais à brimer l'un ou l'autre des circuits. C'est une convergence d'intérêts, pas une divergence. Mais les équipes achats sont distinctes avec des consignes différentes.

La distribution bio spécialisée accuse un retard sur le e-commerce. Y a-t-il un risque de passer à côté d'une évolution majeure des attentes des consommateurs ?

Ce n'est pas faute de tentatives. Le commerce spécialisé bio est moins digitalisé, malgré les offres existantes. Les grands acteurs physiques qui s'y sont essayés n'ont pas rencontré un franc succès. La question concerne plus la manière de l'adresser avec pourquoi pas des liens entre pure player, chez nous Greenweez, et les enseignes physiques, comme cela a été fait entre Amazon et Wholefoods. La nouveauté c'est l'instantanéité : le consommateur veut être livré très rapidement, dans la demi-heure ou l'heure. Il faut démarrer au bon moment et être capable de soutenir ces lancements sans gagner d'argent. Les réseaux ont déjà pris des risques en créant des magasins, trop. Ils n'allaient pas dédoubler les audaces en créant une activité de pure player.

CIRCUITS BIO est depuis 2020 le média B2B spécialiste des magasins bio. Il s’adresse aux acteurs de la distribution spécialisée bio : acheteurs en centrales, directeurs de magasins, chefs de rayon, fabricants, fournisseurs, organismes professionnels. Créés en toute indépendance par des journalistes spécialisés, les contenus proposés par CIRCUITS BIO sont diffusés en mode omnicanal : magazine bimestriel, site web éditorial, enews hebdomadaire, événements.