Le transport à la voile du café, thé et cacao prend de l’ampleur
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- Auteur : Magali MONNIER
30 centimes. Acheminer son café à la voile plutôt qu’en cargo classique depuis le Brésil ajoute 0,30 € au prix du paquet de café moulu Dagobert de 250 g. Pour celui en grains de 500 g, le surcoût s’élève à 0,60 €. En fin d’année 2024, la PME a réalisé sa première transatlantique avec la société de transport maritime TOWT. Ses nouveaux cafés viennent tout juste d’arriver en magasin, chez Satoriz et Biocoop notamment. Ce dernier commercialisera aussi cette année les thés acheminés à la voile des Jardins de Gaïa. La marque a transporté une cargaison de 4,5 tonnes depuis le Vietnam avec TOWT également, mi-décembre. Le rayon chocolat devrait aussi voir fleurir des tablettes vantant ce mode de transport. « La dernière fois que nous avions référencé de tels produits remonte à l’année 2017 », raconte Guillaume Pagliaro, responsable pilotage projets et méthodes pour Biocoop.
La propulsion vélique n’est pas encore suffisamment développée pour concurrencer les tarifs des cargos classiques. « Ce qui joue le plus sur le coût c’est l’économie d’échelle et la taille du bateau », explique Nils Joyeux, directeur général de Windcoop. Cette dernière est une société coopérative d’intérêt collectif spécialisée dans le transport à la voile et créée en 2021 par trois dirigeants des entreprises Zéphyr & Borée, Enercoop et Arcadie. Pour rendre ce type de fret viable, Windcoop a lancé la construction de son premier cargo-voilier capable d’embarquer 150 conteneurs, soit « une capacité équivalente aux plus petits cargos classiques existants aujourd’hui », selon Nils Joyeux. Grain de Sail, la marque de chocolat et café emblématique sur ce sujet, vient aussi d’annoncer la mise en route en 2027 de son troisième bateau, d’une capacité de 200 conteneurs. La première ligne de Windcoop, vers Madagascar, devrait être opérationnelle d’ici fin 2026. D’autres s’ouvriront ensuite vers l’Amérique Centrale et l’Afrique de l’Ouest. À date, une cinquantaine de clients se sont investis. « Avec Windcoop, nous allons potentiellement diviser par cinq le prix de notre transport à la voile , se réjouit David Gobert, fondateur de Cafés Dagobert. Ce sont des projets comme celui-ci qui aideront à démocratiser ce type d’acheminement. »
« Pour que ces propositions voient le jour, nous avons besoin d’engagements de la part des futurs clients », précise Nils Joyeux. Mais la problématique du surcoût engendré reste un sujet central et peut freiner les ambitions. Avec les importateurs, fabricants ou encore distributeurs impliqués dans la démarche, des discussions ont lieu depuis quelques mois pour voir comment inclure tous les maillons de la chaîne de valeur afin de minimiser la hausse pour le consommateur final. « Pour notre gamme, il est question, par exemple, de ne pas marger sur le transport mais uniquement sur la matière en elle-même », indique David Gobert.
Une faible part de l’empreinte carbone
Terra Etica, pour sa part, estime que « si le surcoût ne dépasse pas trois fois le prix du fret classique actuel, l’entreprise pourrait l’absorber et il n’y aurait donc pas d’impact final pour le consommateur », selon Stéphane Comar, gérant de la Scop Café Michel. Ce dernier souhaite s’engager sur le sujet même s’il considère que « le fret maritime ne constitue pas le plus gros poste d’émissions carbone, contrairement à la production et au transport avant ou après chargement. » En chocolat, bien qu’ayant déjà réalisé deux transatlantiques depuis 2017, Saveurs & Nature, préfère, comme Kaoka ou Biocoop pour sa propre marque, prioriser l’optimisation des modes de production, tant sur le plan humain qu’environnemental.