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NOUS anti-gaspi affirme ses ambitions

En dépit du contexte morose, l’enseigne s’étend et son chiffre d’affaires progresse. Pour Charles Lottmann, co-fondateur, l’heure est désormais à consolider les partenariats avec les industriels. Objectif : identifier les principaux gisements de gaspillage et valoriser les pertes via la marque propre de l’enseigne anti-gaspi.
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  • Auteur : Erwan Le Fur

Haro sur le gaspillage. Ecouler les invendus, c’est bien, développer la marque propre pour minimiser les pertes à la source, c’est mieux. Voilà en bref, résumé le fil conducteur qui anime Charles Lottmann co-fondateur de NOUS anti-gaspi. Lancée il y a deux ans, la marque propre de l’enseigne comprend aujourd’hui environ 125 références dont une quinzaine sont estampillées AB. Elle croît chaque année à raison d’une cinquantaine d’unités.

« Voilà cinq ans qu’on rachète des produits invendus destinés à la poubelle ou à l’alimentation animale , détaille l’entrepreneur. On souhaite aujourd’hui développer un autre axe de collaboration pour identifier en partenariat avec les industriels quels sont leurs gisements de pertes et comment valoriser au mieux leurs matières via notre marque propre ».

Façade
Un concept en pleine expansion L’enseigne anti-gaspi compte aujourd’hui 28 magasins intégrés. C’est 5 de plus que l’année précédente. A fin 2024, le parc comprendra 33 points de vente, estime Charles Lottmann. La marque prévoit de boucler l’année sur un chiffre d’affaires de 44 millions d’euros, en progression de 30 % par rapport à 2022. 
Charles Lottmann
Entre Paris et Bretagne Charles Lottmann a fondé NOUS anti-gaspi en 2018 avec son associé Vincent Justin. L’enseigne a ouvert son premier magasin à Melesse, près de Rennes (35). Le gros du parc est implanté à Paris et en Bretagne. En janvier elle doublera sa capacité de stockage avec le déménagement de son entrepôt Stef depuis Vannes (56) vers Le Mans (72). 
Entretien
Les fins de série croisent le fer Côte à côte au rayon de l’entretien, deux concurrents bien connus dans le réseau spécialisé : Etamine du Lys et Les Petits Bidons. Les produits de Nature & Stratégie proviennent d’une fin de série consécutive à une modification de pack. Les Petits Bidons ont quant à eux cessé la commercialisation de la référence ici proposée suite à un changement de parfum. 
MDD anti gaspi
125 références à marque propre Compotes, rillettes de haddock, biscuits apéritifs, huile d’olive, miel… Lancée en 2021, la MDD Nous anti-gaspi comprend aujourd’hui 125 références en frais, en épicerie et même au rayon fruits & légumes. Une quinzaine sont estampillées AB. La marque propre pèse pour environ 15 % dans le chiffre d’affaires de l’enseigne. 
Produits Bio
+ 35 % de chiffre d'affaires pour les produits bio Les produits certifiés AB affiche un réel dynamisme dans les magasins Nous anti-gaspi et plus particulièrement ceux installés en centre-ville (soit la moitié du parc). Dans ces points de vente, les produits bio peuvent peser jusqu’à 35 % du chiffre d’affaires. En un an, leurs ventes ont progressé en valeur d’environ 35 %, pointe Charles Lottmann. 
Pédagogie
D’importants efforts de pédagogie « La lutte contre le gaspillage nécessite d’importants efforts de pédagogie », explique Charles Lottmann. D’où par exemple cet affichage à l’entrée du magasin. L’enseigne prend aussi la parole dans chacun des univers notamment pour expliquer aux consommateurs les raisons de la présence des produits présentés dans ses linéaires (surplus de production, produits déclassés pour de petits défauts, fins de séries, etc.). 
Prix
Des prix 20 % inférieurs à la GMS Au-delà de la pédagogie (voir photo précédente), l’accessibilité tarifaire reste un levier majeur pour fidéliser les consommateurs. Nous anti-gaspi revendique à ce chapitre, données A3 Distrib à l’appui, un décrochage prix évalué à environ 20 % en moyenne par rapport à ce qui est pratiqué dans la grande distribution.
Vrac
Vrac : une solution qui s’impose « En notre qualité d’enseigne anti-gaspi, explique Charles Lottmann, il nous a semblé évident dès le départ qu’une offre de produits en vrac s’imposait quand bien même il ne s’agit pas d’invendus ». En plus du vrac qui représente 4 % du CA de l’enseigne (ici le meuble de la société drômoise CDS), Nous anti-gaspi a identifié plusieurs références incontournables de l’épicerie et du frais qui sont proposées de façon continue, sans rupture. 
MDD GMS
Les MDD sont dans la place Un alignement que vous ne retrouverez… nulle part ailleurs ! Nous anti-gaspi a noué plusieurs partenariats avec des distributeurs du circuit conventionnel (Carrefour, Auchan, Casino, U, etc.) afin de récupérer auprès de leurs façonneurs les références MDD en surplus ou déréférencées. Cette offre génère environ 5 % du chiffre d’affaires des magasins de l’enseigne. 

Agir sur les causes structurelles

Quitte à faire quelque compromis sur la bonne présentation des produits. Le positionnement anti-gaspi de la signature lui confère de fait la possibilité de proposer, sans risques de braquer ses consommateurs, des séries moins standardisées qu’en circuit classique, avec éventuellement de petits défauts visuels ou encore une date de durée minimale (DDM) proche, voire échue.

« Ecouler des invendus est utile mais ne résout pas le problème du gaspillage qui continuera de perdurer si rien n’est fait pour agir sur ses causes structurelles. On gère l’urgence, autrement dit, mais on ne règle rien ». Charles Lottmann souhaite passer à la vitesse supérieure. Dans son viseur : la valorisation des pertes en production (surstocks de matière, produits déclassés pour de petits défauts et co-produits), l’assouplissement des cahiers des charges auxquels les industriels sont soumis ou encore une remise à plat des contrats date.

Ces contrats qui garantissent aux distributeurs un délai fixé, variable selon les produits, entre la livraison en entrepôt et la DDM imposent trop de rigidité, selon Charles Lottmann et génèrent un gaspillage important. D’où l’intérêt d’activer ce levier. Rappelons que les produits d’épicerie peuvent être consommés – dans le respect de la réglementation – bien après cette échéance, sans risque pour la santé.

Reste encore à embarquer les acteurs

Début octobre, l’entrepreneur a été invité à l’Assemblée générale du Synabio. L’occasion de présenter son projet à de nombreux fournisseurs du circuit spécialisé également présents lors de cet événement. « Le concept a clairement intéressé les acteurs auxquels j’en ai parlé. J’ai depuis eu plusieurs contacts avec des fabricants dont les produits sont distribués dans les magasins bio et conventionnels ». Affaire à suivre.

La marque propre de NOUS anti-gaspi fait par ailleurs l’objet d’un test chez Carrefour depuis un an. Une poignée de références sont concernées. L’enseigne se laisse encore le temps d’évaluer la perception de ses consommateurs vis-à-vis de cette offre. Réservée à l’origine aux magasins d’Île-de-France, l’expérimentation vient toutefois d’être déployée au national. Comme quoi, l’idée fait son chemin aussi bien chez les fabricants que chez les distributeurs.

CIRCUITS BIO est depuis 2020 le média B2B spécialiste des magasins bio. Il s’adresse aux acteurs de la distribution spécialisée bio : acheteurs en centrales, directeurs de magasins, chefs de rayon, fabricants, fournisseurs, organismes professionnels. Créés en toute indépendance par des journalistes spécialisés, les contenus proposés par CIRCUITS BIO sont diffusés en mode omnicanal : magazine bimestriel, site web éditorial, enews hebdomadaire, événements.