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Les magasins bio sont-ils toujours plus chers ?

[Exclusif] A l'heure où les produits comme les magasins bio souffrent d'une image de cherté, la rédaction de Circuits Bio épaulée de celle de Linéaires, est allée sur le terrain mesurer les écarts de prix entre l'offre bio du réseau spécialisé et celle des grandes surfaces.
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  • Auteur : Léa Lesurf
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Les études shoppers sont sans équivoque sur le sujet. « Les produits bio et les magasins bio ont une image de cherté qui leur colle à la peau », explique chiffres à l’appui, Laura Sissmann, responsable des études chez Biotopia Insight. A l’opposé, la perception s’inverse lorsqu’il s’agit de la grande distribution. Selon le panéliste, les prix constituent la première motivation des consommateurs de bio à faire leurs courses dans le circuit conventionnel.

Qu’en est-il en réalité ? L’offre bio des grandes surfaces est-elle vraiment moins chère que celle des magasins bio ? C’est ce que la rédaction de Circuits Bio, épaulée par celle du magazine Linéaires, a voulu vérifier en comparant les prix d’une soixantaine de références labellisées AB proposées dans des magasins bio et des supermarchés situés sur une même zone de chalandise (lire notre méthodologie ci-dessous).

Chiffres comparatif prix
Gros avantage sur les fruits et les légumes

Premier enseignement de notre enquête, dont les résultats ont été présentés en avant-première aux Ateliers Bio : les fruits et légumes labellisés AB des magasins bio sont, et de loin, moins chers que ceux de la distribution conventionnelle. Et ce, dans toutes les enseignes visitées et quasiment sur tous les articles relevés. Selon nos calculs, l’écart moyen est de 18 % en faveur du réseau spécialisé. Un avantage confirmé par FranceAgriMer, dont les relevés hebdomadaires attestent d’une différence tarifaire de 10 % en moyenne (voir encadré ci-contre).

Dans le détail, les prix peuvent varier du simple au double, voire plus, sur certains produits. Exemple avec la feuille de chêne bio vendue 2,50 € la pièce chez Monoprix à Paris (75), contre 1,20 € chez Naturalia, quelques rues plus loin. A Carcassonne (11), le prix de la courgette origine France s’élevait à 1,80 € le kilo chez So.bio, alors qu’au Carrefour d’en face, la cucurbitacée, originaire d’Espagne était proposée à 3,99 € le kilo en vrac. Et jusqu’à 5,52 € le kilo dans un filet plastique. D'aucuns estimeront que ça fait cher l’emballage et le transport jusqu’en France.

Grand écart sur le vrac

Côté vrac, les écarts tarifaires sont tout aussi conséquents. Sur ce rayon, les magasins bio sont près de 20 % moins chers en moyenne que les supers et les hypers. Un delta impressionnant mais peu surprenant au regard de la gestion de cette catégorie en grande distribution. « Les supermarchés font appel à des prestataires de service pour entretenir le rayon, stocker les produits, remplir et nettoyer les silos. C’est un service payant, dont le coût est répercuté sur le prix de vente », explique Jérémie Ginart, directeur général de Relais Vert.

Les consommateurs ne sont pas dupes. Lors de nos relevés à Taden, près de Saint Malo (35), une cliente s’est offusquée devant nous du prix des graines de chia, originaires d’Amérique du Sud, chez Intermarché (16,31 € le kilo). Et d’interpeller son compagnon : « Elles sont beaucoup moins chères à la Coop Bio ». En effet, 300 mètres plus loin dans ce magasin membre du groupement Accord Bio, il en coûtait seulement 8,90 € le kilo, pour des graines de la même origine. Les tarifs déconnectés du vrac en grande distribution expliquent, à n’en point douter, le recul des ventes sur ce circuit l’année dernière .

Les MDD, atout prix de la grande distribution

Si les magasins bio raflent clairement la mise sur les fruits, les légumes et le vrac, le rapport de force s’inverse sur les produits de grande consommation (PGC). Sur cette catégorie, les magasins bio s’avèrent 18 % plus onéreux. Il faut dire que les marques distributeurs constituent bien souvent un atout de taille pour les enseignes généralistes. En particulier celle de Leclerc. Connue sous le nom de Bio Village, elle affiche des écarts de prix de 30 % en moyenne avec la référence équivalente la moins
chère en réseau bio.

match prix

Certaines différences tarifaires doivent néanmoins être nuancées au regard de la composition des produits ou de leurs garanties supplémentaires. Exemple sur la farine T65. Celle de Biocoop à Rennes (35) est affichée à 1,80 € le kg, avec une origine France et une certification équitable. Tandis qu’à 1,11 € le kg, celle signée Bio Village du Leclerc voisin n’indique aucune promesse particulière. Idem sur la tablette de chocolat noir 70 % signée Elibio repérée à 17,50 € le kg au Marché de Léopold de Villeneuve sur Lot (47), contenant un cacao issu de filières équitables tracées au Pérou et à Saint-Domingue, sans lécithine ni arôme. Quand celle signée Bio Village, au Leclerc d’en face, ne mentionne aucune de ces garanties.

Satoriz l’emporte face à Casino

Plusieurs duels ont été réalisés au sein d’un même groupe de distribution (Naturalia versus Monoprix, So.Bio et Bio c’ Bon face à Carrefour ainsi que Les Comptoirs de la bio et Intermarché), afin d’observer si les magasins bio et leur maison mère parvenaient à aligner leurs prix lorsqu’elles étaient en concurrence frontale. Force est de constater que ces matchs-là n’échappent aucunement à la tendance générale. Au contraire, à Paris (75), Naturalia et Bio c’ Bon sont plutôt très bien placés, y compris sur les PGC.

Autre duel intéressant, celui de Satoriz, dont le positionnement est réputé compétitif, avec les hypers Casino, chez qui le décrochage prix est aujourd’hui largement documenté. Sans surprise, l’enseigne savoyarde gagne sur tous les tableaux, PGC inclus. Avec quelques écarts pour le moins édifiants en faveur de la signature Le Bio pour tous face à la MDD Casino Bio. La première affiche par exemple un tarif 55 % moins élevé sur le paquet de 500 g de coquillettes blanches. Autre exemple, celui des petits beurres nappés au chocolat au lait qui sont proposés à un prix 23 % inférieur chez Satoriz.

 

Méthodologie
Les rédactions de Circuits Bio et de Linéaires ont réalisé entre mars et avril 2023 des comparatifs de prix sur un panier d’environ 60 références alimentaires certifiées AB dans des magasins bio et des enseignes conventionnelles distants de moins d’un kilomètre. Chacun des duels a été fait le même jour. Sur les fruits, les légumes et le vrac, l’origine des produits comparés est identique. A chaque unité de besoin équivalente, le prix retenu dans le calcul de l’écart entre le magasin bio et la grande surface porte sur les articles les moins chers.

Mots-Clés

CIRCUITS BIO est depuis 2020 le média B2B spécialiste des magasins bio. Il s’adresse aux acteurs de la distribution spécialisée bio : acheteurs en centrales, directeurs de magasins, chefs de rayon, fabricants, fournisseurs, organismes professionnels. Créés en toute indépendance par des journalistes spécialisés, les contenus proposés par CIRCUITS BIO sont diffusés en mode omnicanal : magazine bimestriel, site web éditorial, enews hebdomadaire, événements.