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Entretien avec Régis Pelen, de Bjorg à La Vie Claire, 55 ans d’histoires dans la bio

Avec la bonne dose d’humour qui le caractérise et sa répartie, Régis Pelen se présente lui-même comme un « dinosaure » de la bio. À bientôt 90 ans, il a participé à l’essor du bio avec Distriborg et sauvé l’enseigne La Vie Claire (lire ci-contre), dont il est désormais le président du conseil de surveillance. Pour Circuits Bio, il se replonge dans ses 55 ans au service des produits certifiés et se projette sur l’avenir du secteur.
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  • Auteur : Propos recueillis par Amaury Beautru
Régis Pelen
Régis Pelen est président du conseil de surveillance de La Vie Claire et son actionnaire majoritaire.
D’après vous, la crise dont nous sortons est-elle inédite ?
Absolument. Je n’ai jamais connu de crise d’une telle gravité. Parce qu’elle était brutale et imprévisible. C’est simple, je n’avais jamais connu de ventes en négatif jusque là.

Si vous aviez une machine à remonter le temps, que feriez-vous différemment ?
Nous avons tous probablement cru que les arbres montaient jusqu’au ciel, à tort. C’était utopiste de penser que nous aurions toujours 15 % de croissance. Si c’était à refaire, j’aurais été plus prudent sur nos investissements, notamment notre expansion.

Quelle a été d’après vous la plus grande mutation du secteur ces dernières années ?
Le bio a démarré par les rayons diététiques. En 1970, avec Distriborg, les consommateurs y venaient surtout pour leur santé. Pas par souci de la planète. Désormais les motivations ont évolué. Et même si le consommateur pensera toujours à lui en premier, l’importance accordée à l’environnement est sans cesse croissante. Je le vois bien même chez mes petits-enfants. Certains sont végétariens, d’autres limitent leurs déplacements en avion. Au même titre que la consigne, ce sont de nouvelles contraintes que se mettent nos clients pour le bien collectif.

La typologie de la clientèle a-t-elle changé au fil du temps ?
Difficile à dire avec certitude, car à la naissance du bio, peu de gens s’y intéressaient et les cabinets d’études encore moins. Auparavant, la clientèle était composée de persuadés avec un niveau d’instruction supérieure. Aujourd’hui, il faut un bon pouvoir d’achat pour acheter du bio, car on ne pourra jamais ramener ses prix à ceux du conventionnel. Toutefois, nos meilleurs magasins ne sont pas ceux implantés dans les quartiers les plus aisés. Le point de vente d’Aulnay-sous-Bois (93) a longtemps été un de nos meilleurs par exemple. La bio n’est donc pas plus élitiste. Je dirais cependant qu’elle a tendance à mobiliser une clientèle de plus en plus jeune.

Le label bio a-t-il perdu de son attractivité face à des alternatives émergentes comme le local ou d’autres promesses ?
Le bio ne peut pas être remplacé, car il est la seule garantie sérieuse. Avant lui il y avait une demi-douzaine de certifications comme Nature et Progrès par exemple, ou encore Demeter. Après lui, il y a eu pléthore d’initiatives plus faciles à obtenir comme l’agriculture raisonnée dont on n’entend plus parler. Notre profession doit cependant se battre contre les idées fausses, par exemple local ne signifie pas bio.

Cela veut-il dire qu’il ne faut pas toucher au bio et le maintenir ainsi ?
Depuis 1985 j’entends dire que le bio, c’est triste. Tous les acteurs veulent le dépoussiérer, le démocratiser. J’attends toujours. Et la tentation de s’ouvrir à d’autres types d’offre, même non labélisée, a vite été évacuée. En revanche, lorsque c’est possible d’aller au-delà du cahier des charges, c’est préférable de le faire. Il reste notamment des efforts à faire sur la simplification des emballages par exemple.

Comment appréciez-vous le soutien des institutions, en particulier politiques ?
Si je me place en tant que citoyen, les récents retours en arrière sur certains pesticides sont alarmants pour la planète. Maintenant, en tant que vendeur de bio, ces décisions renforcent notre raison d’être et notre différenciation, car il ne faudrait pas que toute l’agriculture soit bio. Je me souviens qu’à mes tout débuts, nous n’étions soutenus par personne. Les partis écologistes n’existaient pas et cela ne nous a pas empêchés de grandir.

Si vous deviez résumer la situation de la bio aujourd’hui en une phrase, quelle serait-elle ?
En convalescence, pleine d’espoir.

Quel regard portez-vous sur votre propre consommation ?
Je ne suis pas un exclusif du bio. Personne ne l’est vraiment d’ailleurs. En revanche sur le pain j’y tiens, et depuis une vingtaine d’années. Je fréquente le magasin La Vie Claire de Brignais (69), mais vous savez, je fais partie de la vieille école qui ne cuisine pas trop.

Comment aimeriez-vous que votre enseigne soit perçue dans 10 ans ?
Droite dans ses bottes. J’aimerais que notre marque, puisque nous sommes une marque qui a des magasins à l’instar de Picard ou Yves Rocher et non l’inverse, n’ait pas cédé à la facilité et qu’elle ait évolué au fil de la législation. Mais je ne me leurre pas, elle ne s’adressera jamais à tout le monde.

CIRCUITS BIO est depuis 2020 le média B2B spécialiste des magasins bio. Il s’adresse aux acteurs de la distribution spécialisée bio : acheteurs en centrales, directeurs de magasins, chefs de rayon, fabricants, fournisseurs, organismes professionnels. Créés en toute indépendance par des journalistes spécialisés, les contenus proposés par CIRCUITS BIO sont diffusés en mode omnicanal : magazine bimestriel, site web éditorial, enews hebdomadaire, événements.