Jérémie Ginart, la nouvelle génération aux valeurs bien ancrées
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- Auteur : Magali Monnier
C'était sa vocation. « Mon père raconte souvent que je suis né en même temps que Relais Vert et qu'il était à l'état civil le matin puis au tribunal de commerce l'après-midi pour créer l'entreprise », sourit Jérémie Ginart, PDG de la société familiale. Pas étonnant donc que la bio soit devenue une de ses passions.
Qu'est-ce qui vous fascine dans la bio ?
Tout ! Son histoire, ses valeurs et la façon dont le marché a explosé alors que l'on venait de nulle part ou tout du moins d'un domaine qu'on ne voulait pas voir. Mon père était agriculteur biologique à l'origine et il était sans cesse pointé du doigt, il dérangeait. Personne n'aurait pensé à l'époque que la bio deviendrait ce qu'elle est aujourd'hui.
Et qu'est-elle devenue ?
Initialement, le secteur comptait beaucoup de toutes petites entreprises, maintenant même les grands groupes se positionnent en bio. Avec de bons et mauvais côtés ! C'est une force de les avoir sur ce marché car ils contribuent à recruter et démocratiser cette offre plus vertueuse. Cependant, il faut veiller à ne pas dériver vers une bio trop aseptisée. C'est-à-dire avec des produits qui affichent le logo mais pour lesquels on n'évoque pas assez ce qu'il y a derrière, comme les critères environnementaux et sociaux.
Comment la rencontre entre la deuxième génération d'entrepreneurs du bio et des dirigeants venus d'autres horizons a-t-elle contribué à faire grandir le secteur ?
Le marché a connu de nombreux changements à la tête des entreprises ces sept à huit dernières années pour cause de départs en retraite. Elles ont été soient reprises par la famille, soit confiées à des acteurs provenant d'univers différents, comme la grande distribution. Ces profils ont apporté une vision stratégique à plus long terme et aussi donné du crédit à la bio. Je pense notamment à Christelle Le Hir, issue du milieu conventionnel et qui incarne aujourd'hui une figure majeure de ce marché en tant que présidente du Synadis Bio. Ce melting-pot a fait que la bio a réussi à renouveler son image tout en restant fidèle à ses valeurs historiques.
Vous figurez dans le classement Choiseul en 2024 et 2025, qu'est ce que cela représente ?
Cette distinction met en lumière des dirigeants de moins de 40 ans dont l'influence et le potentiel sont jugés prometteurs pour l'économie et la société. Je me réjouis surtout de voir le potentiel réel de la bio enfin reconnu. C'est en quelque sorte une victoire pour ce marché, encore trop rarement mis en avant dans ce type de nominations.
Quel lien existe entre vos deux passions : le sport et la bio ?
Je suis persuadé que le sport peut être un nouveau levier pour démocratiser la bio, avec les sportifs comme ambassadeurs. Le secteur en manque clairement. Ces deux univers partagent des valeurs communes, à l'instar de l'attention portée à soi et à son écosystème. Or aujourd'hui, les principaux sponsors restent de grands groupes qui commercialisent des produits loin d'être adaptés aux sportifs. Nous travaillons avec plusieurs acteurs et syndicats de la bio pour mieux investir le sujet de l'alimentation dans le monde du running notamment, pour sponsoriser des évènements par exemple.
Y a-t-il un cliché sur la bio qui vous exaspère particulièrement ?
Je ne comprends pas pourquoi cette agriculture est associée à une image de méthodes dépassées, arriérées. Comme si l'utilisation de produits phytosanitaires était synonyme d'innovation ou porteuse d'avenir. Au contraire, l'agriculture bio est très innovante et pleine de résilience car il s'agit sans cesse de se remettre en question et de s'adapter aux aléas.
Quel est le principal point faible de la bio ?
C'est justement de ne pas assez assumer ce côté innovant, précurseur et cette image de progrès. Le réseau spécialisé bio a longtemps été au cœur de l'innovation produit. Le tamari ou le kombucha, par exemple, ne se trouvaient initialement qu'ici. Et ce sont des exemples parmi tant d'autres. La bio doit continuer à être précurseur mais aujourd'hui le débat se focalise bien trop souvent autour des 20-80, comme la farine ou l'huile d'olive, et de leur tarif.
Le sujet du prix occupe-t-il une place trop importante ?
Je pense surtout que l'on part trop souvent du principe qu'un consommateur entrant dans un magasin bio sait ce qu'est la bio. Il faut renforcer la pédagogie et identifier les outils dont nous disposons pour expliquer pourquoi ces œufs sont, par exemple, 10 % plus chers.
Quelle est votre plus grande crainte pour l'évolution future du marché ?
Que le problème ne soit pas de vendre aux consommateurs mais d'acheter aux producteurs ! Nous devons nous battre pour que le soutien aux filières bio continue afin qu'elles puissent attirer de jeunes agriculteurs et limiter les déconversions.