La Ruche qui dit oui rachetée par CrowdFarming
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- Auteur : Amaury Beautru
Un changement de main discret, mais significatif, est survenu courant mars. Fondée en 2011 dans la banlieue toulousaine, La Ruche qui dit oui a été reprise par la plateforme espagnole CrowdFarming. Son réseau de ruches compte aujourd’hui quelque 850 points de collecte en Europe, dont la moitié en France. Le fonctionnement repose sur un collectif de « responsables de ruche » indépendants, qui sélectionnent les producteurs locaux. Chaque ruche organise une vente hebdomadaire, à commander en ligne et à retirer en personne selon un créneau prédéfini. La tête de réseau, quant à elle, fournit l’outil informatique et la méthodologie nécessaire.
Une philosophie similaire
CrowdFarming, lancé en Espagne en 2018, partage une philosophie similaire : vente en circuit court, récolte à la commande, et soutien aux producteurs, mais fonctionne différemment. La plateforme regroupe aujourd’hui 350 fermes partenaires, principalement bio, sans point de vente physique. Les produits sont donc livrés directement via une logistique bien rodée aux particuliers d’une trentaine de pays, avec ou sans abonnement.
Les deux opérateurs, rares à cette échelle européenne, nourrissent depuis leur naissance un objectif commun : recréer du lien entre consommateurs et producteurs en imaginant « un système alimentaire sain et juste ». Un cap que La Ruche qui dit oui avait du mal à maintenir ces dernières années.
En 2024, le Français a réalisé un chiffre d’affaires d’environ 13 M€ dans l’Hexagone (25 M€ en Europe), soit une baisse d’environ 20 % sur un an. La chute peut faire peur, mais elle est plus modérée que lors de l’exercice précédent (- 29 %). « Notre ralentissement est avant tout lié à un effet de réseau », justifie Philippe Crozet, PDG de la Ruche qui dit oui depuis 2023. En France, le nombre de ruches est passé de 850 en 2019 à un peu plus de 400 aujourd’hui. Les circuits courts ont en effet pâti de l’effet post Covid, doublé d’une inflation galopante. Mais le plus dur semble passé. « L’an passé, nous avons stabilisé le nombre de clients et relançons maintenant l’ouverture de ruches , rassure Philippe Crozet. Le modèle est sain. Et nous aurions pu continuer ainsi sans Crowdfarming. Mais notre mission commune nous encourage à unir nos forces. Notre volume d’affaires cumulé atteint 100 M€. »
Des catalogues produits complémentaires
Le nouveau propriétaire a fait savoir que les deux modèles continueraient de coexister. Les deux partenaires se laissent quelques mois pour développer des synergies. Déjà des ponts se dessinent : le premier visible concernera l’assortiment. Les deux catalogues étant complémentaires. CrowdFarming propose des produits à forte identité méditerranéenne (agrumes, avocats, myrtilles, parmesan…). Basée à Madrid, CrowdFarming travaille avec des producteurs espagnols, mais aussi français, allemands, autrichiens, etc.
Le principe des produits « invités » existait déjà dans les ruches : un point de collecte du nord de la France pouvait proposer des abricots des Pyrénées-Orientales, en saison. Même si, dans les faits, la majorité des achats portent sur les produits approvisionnés en local.
Certaines ruches pourront désormais accéder à l’offre CrowdFarming. « Ceci permettra de recruter de nouveaux membres et de faire grossir le panier », souligne Philippe Crozet.
CrowdFarming pourrait aussi faire profiter importer son poulain de son expertise logistique et du système d’adoption. Amorcé en 2014, il permet à des particuliers de soutenir une unité de production – un arbre, un mètre carré de culture, etc. « Cette opération est un succès en local et réplicable , note Juliette Simonin, cofondatrice de CrowdFarming. C’est une vraie attente des consommateurs, et un moyen de débloquer des fonds . »