Interview

Eric Beroud, DGA de Bio & Co : « En plein pic, nos magasins ont enregistré jusqu’à 300 % de croissance »

6 mai 2020 - Erwan Le Fur

A l’instar des autres acteurs de la distribution alimentaire, Bio & Co a pris la crise de plein fouet. Circuits Bio a interrogé Eric Beroud, le directeur général adjoint de l’enseigne. Après deux mois passés à gérer l’urgence, il souhaite adapter l’organisation de ses magasins afin d’aborder avec plus de sérénité la période post-confinement.

Eric Beroud est Directeur général adjoint de Bio & Co depuis mai 2014. L’entreprise familiale, rachetée en 2018 par InVivo premier groupe coopératif agricole en France, compte six magasins dans le sud de la France dont deux qui comprennent également un restaurant. En 2019, l’enseigne a réalisé un chiffre d’affaires de 22,5 millions d’euros.

Circuits Bio – Comment l’activité de vos magasins a évolué en début de crise ?

Eric Beroud – Dès le jeudi 12 mars [annonce par Emmanuel Macron de la fermeture des crèches, des écoles, des collèges, des lycées et des universités, ndlr], nous avons été débordés avec des volumes de ventes multipliés par deux en moyenne dans nos magasins. Le coup de feu a duré jusqu’au mardi 17 mars, première journée du confinement, sachant que le 16 mars, nos magasins ont enregistré une croissance de plus de 300 %. Face à cet afflux, nous avons temporairement fermé notre site de Bio&Co’llect [nom du service de click & collect de l’enseigne, ndlr] parce qu’entre le rush client, les absences liées aux gardes d’enfants et les ruptures de stock produits au sein des magasins, nous n’étions pas en capacité d’assurer la préparation et la remise des commandes. Ce service a rouvert depuis. En avril, la quote-part des ventes en ligne sur le chiffre d’affaires total de l’enseigne a été multipliée par dix.

CB – Quelles mesures de protection avez-vous adoptées en magasins ?

EB – C’est un sujet qui a beaucoup mobilisés nos équipes. Masques, gel hydro-alcoolique, gants, lingettes, protections en plexiglas… On a commencé à y réfléchir dès le début du mois de mars. On a eu la chance de pouvoir compter sur notre fournisseur de sac papier, un partenaire local et historique, pour rapidement approvisionner nos points de vente en masques. Dès les premiers jours, on a embauché des vigiles afin de gérer le flux de clients et on a mis en place du gel à l’entrée des magasins et au rayon vrac. Après cinq jours de commerce intense et beaucoup, beaucoup de choses entendues dans les médias, les équipes étaient en attente d’informations tangibles. Il était impératif qu’on soit en mesure de les rassurer rapidement. Depuis début avril nos magasins sont entièrement équipés.

CB – Comment a évolué la consommation en fonction des rayons ?

EB – Il y a des disparités entre points de vente mais globalement la boucherie a très bien performé. Dans certains magasins, on a vu des évolutions de quote-part de plus de 3 %. La crèmerie avec le frais plus généralement ont aussi bien progressé, tout comme le rayon des produits surgelés. Idem pour l’épicerie salée et sucrée qui sont des familles de stockage pures par définition. A l’inverse, le vrac est en fort recul. On a perdu un point de quote-part sur ce rayon. Un constat fort probablement lié à l’inquiétude des consommateurs quant à un risque d’infection. Au rayon des liquides, on a vendu beaucoup moins d’alcool mais cette baisse a été compensée par les ventes d’eau en bouteille. On s’est retrouvé en rupture sur ce segment à plusieurs reprises. Les cosmétiques également ont souffert sauf les savons et les gels douches qui se sont maintenus. On observe également depuis peu, une augmentation des ventes de colorations capillaires.

CB – Où en est la croissance dans vos points de vente ?

EB – Nos magasins affichent aujourd’hui une croissance en moyenne de 20 % par rapport à l’activité enregistrée l’année dernière à la même époque. Les plus performants peuvent grimper jusqu’à près de 45 %. On observe une forte disparité entre les magasins de proximité qui affichent les plus fortes croissances et ceux qui se trouvent dans des zones commerciales à proximité de gros hypers qui progressent aussi mais de manière moins spectaculaire. La proximité des magasins avec les lieux d’habitation a joué un rôle essentiel dans les choix de fréquentation des consommateurs.

CB – Comment l’enseigne prépare le post-confinement ?

EB – La priorité aujourd’hui c’est de revoir notre organisation. Les volumes ont augmenté, les flux ont complètement changé, les achats en ligne se sont développés… On s’est d’abord adapté dans l’urgence tout en assurant la sécurité de nos clients et de nos collaborateurs. Il faut maintenant qu’on s’organise dans la durée pour ramener de la sérénité au sein des équipes. Bio & Co est une petite entreprise, la proximité et la convivialité font partie de nos valeurs, aussi bien au sein de nos équipes qu’avec nos clients. J’ai ainsi à cœur de remettre du lien entre les services centraux et les magasins. On souhaite également rapidement lancer une réflexion sur le renforcement de notre offre en produits locaux qui était déjà conséquente (pas loin de 15 % du chiffre d’affaires) et sur laquelle nos clients ont été très appétant pendant la crise. On pense qu’il y a matière à développer cette offre et on va réfléchir sur les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir.